Club Hydrogène

Interview d'Alain Auffret, président du Club Hydrogène

Trouver des partenaires en vallée de l'Arve pour lancer l'industrialisation du turbocompresseur

 

Alain AUFFRET, directeur technique du Groupe PRACARTIS et de sa filiale PRECISE FRANCE, préside le Club Hydrogène Mont-Blanc Industries. Dans une interview pour le magasine ECOMECA, il donne sa vison d'une énergie qui concentre des perspectives fantastiques pour la mobilité.

Extraits de l’interview

Quels sont les avantages de miser sur l’hydrogène ?

Un rapport très récent du think tank The Shift Project alerte sur le risque d’une diminution subie de l’approvisionnement en pétrole de l’Europe d’ici à 2030. Il y a donc urgence! C’est une opportunité de redistribution des cartes fantastique pour progresser vers une indépendance énergétique. L’hydrogène est aussi un combustible “vert”, pour peu qu’il soit produit avec une source d’énergie décarbonée.

Aujourd’hui, la production d’hydrogène se fait à 95% avec du pétrole, c’est une catastrophe écologique. Rien n’est propre à 100%, il faut mesurer les rejets de CO2 sur le cycle complet d’un produit. La transition écologique ne sera possible qu’avec une électricité fabriquée sans émission de CO2 : solaire,éoliennes, géothermie, hydraulique, nucléaire, fusion… Mais surtout pas par du cracking de pétrole ou de la chimie.

 

Au stade actuel des technologies, il y a un avantage pour recharger les véhicules : l’électrique, avec les turbochargeurs, c’est trente minutes à une heure; avec l’hydrogène, vous allez à la pompe et, en trois minutes, c’est reparti pour 600 à 1000 km, selon la contenance du réservoir.

Quelles sont les applications possibles?

Tout est à faire dans cette filière, on part pratiquement d’une page blanche. Avec un nombre d’emplois considérable à créer, aussi bien dans la fabrication de l’hydrogène que de son stockage, son transport, et dans le bâtiment.
L’application la plus avancée concerne la mobilité : vélos, voitures, bus, camions, trains, bateaux, avions. Il existe déjà des véhicules capables de fonctionner avec cette énergie, mais il faut d’abord fabriquer l’hydrogène, pour pouvoir les recharger. C’est aussi, actuellement, une façon de stocker de l’énergie électrique quand on en produit trop et cela va donc permettre de tirer le meilleur parti des sources d’énergie irrégulières que constituent le solaire et l’éolien.

Quelle est l’ambition du groupe PRACARTIS pour son turbocompresseur?

Avec la construction en cours de finalisation de son centre de R&D, le groupe Pracartis va accentuer sa capacité à innover. Dans ce contexte, le but est de mettre au point en France les procédés d’industrialisation du turbocompresseur. Nos partenaires suisses restent en soutien technique. L’industrialisation se fera ici, avec comme principal objectif d’en réduire le coût d’un facteur dix. Nous sommes à la recherche de partenaires localisés dans la vallée de l’Arve pour lancer cette industrialisation

Comment est née l’idée de créer un Club Hydrogène avec le pôle de compétitivité?

Pendant plusieurs années, j’étais un peu seul pour parler de nos turbocompresseurs. Ils se vendent surtout en Chine, qui possède une avance considérable.
Jean-Marc André  m’a sollicité pour une présentation que nous avons faite en septembre 2019 et qui a réuni beaucoup de monde

Quel est le but du club ?

Mettre les gens à niveau et les informer de ce que va être le décolletage dans le développement de l’hydrogène. Notre objectif premier est la mise en réseau, en organisant des conférences, des visites d’entreprises… Dans un esprit convivial et en respectant les confidentialités de chacun. Les premières réunions ont montré que les gens étaient très à l’écoute. Nous avons plus ou moins défini des groupes de travail. Cela nous a permis de voir que certaines sociétés étaient très avancées dans ce domaine et d’autres pas au courant. Il y a des niveaux de connaissance différents de ce que seront la mobilité et l’hydrogène
dans le futur. Ce club est une opportunité pour les décolleteurs, et il est encore temps de prendre ce train. Sinon, notre industrie automobile va avoir des difficultés dans le futur.

Est-ce que les opportunités sont plus importantes pour les décolleteurs, par rapport aux véhicules électriques ?

L’hydrogène nécessite des pièces de très haute précision, qui résistent à de fortes pressions (300 à 1000 bars), avec des matériaux qui ne rouillent pas, comme les inox spéciaux et la céramique.

 

Les industries mécaniques haut-savoyardes ont-elles les capacités pour se saisir de ce marché ?

 

Oui, nous avons ici le savoir-faire et les compétences. Les blocages ne sont pas techniques.
Il faut que les entreprises de la vallée de l’Arve fassent davantage de R&D pour, aussi, aller chercher des aides de l’État ou, encore mieux, de l’Union Européenne, sur des nouvelles technologies.
L’idéal est de faire des sous-ensembles complets. De belles entreprises du territoire ont déjà montré la voie. C’est ainsi qu’on créera des emplois, qu’on relocalisera et qu’on montera les compétences de la vallée.

Pour toutes questions concernant le Club Hydrogène, vous pouvez contacter Carine DAURAT par mail ou par téléphone.

 

Interview réalisé par Sandra Molloy, pour le magazine ECOMECA

 

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